TRADUCTION DU TEMOIGNAGE DE LA FILLE DE MADAME BARBARA SHARP
Lettre adressée au cousin de Jean le 21 septembre 1994


   

 

Je laisse à chacun d'entre vous la liberté de se faire une opinion sur ce témoignage qui, bien qu'il ne soit pas capital, laisse tout de même la porte ouverte à bien des questions et pourrait même, pourquoi pas, venir contredire la version officielle du sacrifice de Jean MARIDOR. Bien qu'il ne soit pas très probable que Jean ait pu faire dévier la course du V1 en plaçant son aile sous celle de la bombe puisque tout cela s'est passé à une très grande vitesse et en quelques secondes, je le retiens toutefois comme plausible puisque j'ai pu recueillir des informations de deux grands spécialistes des bombes volantes que j'ai pu rencontrer lors de ma visite du site de V1 du Val Ygot dans la forêt d'Eawy à Ardouval (76680), magnifiquement restauré. Ces deux personnes m'ont affirmé que les allemands avaient monté des détonateurs en bout d'aile des V1 pour éviter que la chasse anglaise emploie la fameuse technique de l'aile sous aile employée par certains pilotes de chasse comme Jean. Si le robot du 3 août 1944 avait été équipé de ces fameux détonateurs, cela pourrait alors expliquer son explosion lorsque notre glorieux héros a essayé de le faire dévier en plaçant l'aile de son Spitfire sous celle du V1.

Le webmaster : Jean-Claude AUGST

 

Tonbridge - KENT le 21 septembre 1994

    Je me rends compte que mon français n'est pas assez bon pour vous faire part de mon expérience du 3 août 1944 et je demande à une de mes amies, française, de traduire ma lettre.

    Comme cela s'est passé il y a 50 ans et que cela ne dura que très peu de temps, ma mémoire n'est peut-être pas très exacte mais ce récit est ce que je crois être arrivé.

    Ma mère et moi étions dans le parc de Benenden l'école, quand nous entendîmes une bombe volante. Comme 19 bombes étaient déjà tombées dans Benenden et ses environs, nous n'étions pas affolées nous nous dirigâmes rapidement vers la maison Medway pour nous abriter. Tout à coup, nous avons entendu des coups de canons (probablement la première attaque de Jean MARIDOR) presque tout de suite nous avons vu la bombe volante qui perdait de sa vitesse rapidement et se dirigeait dans une voie qui aurait atteint inévitablement la maison Medway ou la partie centrale de l'école de Benenden. A cette époque, la partie principale de l'école de Benenden était un hôpital militaire et abritait un grand nombre de blessés.

    La maison Medway était occupée par Leelands, un pensionnat pour 60 petites filles agées de 5 à 13 ans.

    Je ne pense pas que le pilote, qui, nous le savons, était votre cousin Jean MARIDOR, sâche qu'il y ait eue une école à côté de l'hôpital.

    Quand il vit la où bombe se dirigeait, il se rapprocha immédiatement espérant probablement faire exploser la bombe en l'air pour qu'elle se désagrège avant d'attérir.

    Encore une fois il tira (le lendemain nous ramassâmes des morceaux d'obus) mais il ne détruisit pas complètement la bombe qui allait sûrement détruire l'hôpital. C'est à ce moment que je crois, qu'il vola avec l'aile de son avion sous celle de la bombe afin d'en changer la direction.

    Il réussit, la bombe vira avant d'exploser .... Dans l'explosion l'avion de Jean MARIDOR éclata, mais l'hôpital fut sauvé.

    Je réalise que ce dont je me souviens ne s'accorde pas avec la version officielle de ce qui s'est passé ... qui est : qu'il tira deux fois : mais ne parle pas de son dernier effort pour dévier la bombe volante.

    Vous pouvez imaginer qu'à ce moment ma mère et moi étiont recroquivillées, regardant le sol et non le ciel ! mais il nous fût impossible de résister ! et je crois que j'ai vu le "coup de coude".

    Ce n'est que bien plus tard que ma mère apprit que Jean MARIDOR avait une fiancée Jean LAMBOURN. A cette époque je n'étais plus là, aussi n'ai-je pas su que ma mère avait écrit à Monsieur et Madame LAMBOURN en novembre 1944.

    La superbe bravoure du pilote était gravée dans ma mémoire.

    Je ne connus le reste de l'histoire que quand j'ai acheté le livre de Bob OGLEY'S "DOODLEBUGS AND ROKETS" en 1992 et y ai trouvé la lettre de ma mère.

    A la même époque je fûs contactée par Madame Jean HOLME qui essayait de savoir qui était Barbara SHARP et à qui une ancienne élève de l'école Leelands, avait donné mon adresse.

    L'action de votre cousin fut magnifique mais absolument tragique pour la jeune femme offcier de la WAAF, Jean LAMBOURN.

    Je suis heureuse et je suis sûre que votre cousin l'aurait été aussi, de savoir que plus tard, Jean LAMBOURN trouva le bonheur avec John HOLME.

    Ce fût un grand honneur ce dimanche 11 septembre de rencontrer la famille de Jean MARIDOR, vous même et votre femme et la soeur de Jean, Thérèse... Un grand plaisir de rencontrer Monsieur et Madame HOLME et leur fils Richard et ses braves survivants du squadron 91.

    Je suis sûre que vous aurez trouvé le service dans l'église de Benenden aussi émouvant que mon mari et moi l'avons trouvé.

    Si votre femme et vous décidez de revenir en Angleterre, faites nous le plaisir de nous contacter car nous serions très heureux de vous recevoir à Tonbridge.

    Croyez Monsieur en nos sentiments les meilleurs.

Jean MARWOOD
 
 
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