LE GENERAL VALIN VOUS PARLE DE JEAN-MARIE MARIDOR
(Marie est son deuxième prénom)


  

 
 

Général Martial VALINC'est d'un aviateur peu connu et peu décoré que je vous parlerai ce soir ; je le juge, cependant comparable à Guynemer dont on vient de vous rappeler les exploits.

    J'ai dit "peu décoré", car ce fut seulement la septième palme que j'épinglais avec ma propre légion d'honneur au drap tricolore recouvrant son cercueil. Mais le Général de Gaulle l'avait fait "Compagnon de la Libération", le roi d'Angleterre lui avait donné la "Distinguished plane cross avec barre".

    J'ai dit "peu connu" parce que, si de Londres, à plusieurs reprises, je vous ai conté ses prouesses, je le désignais par une appellation imaginée, pour attirer l'attention des siens sans les compromettre aux yeux de l'occupant.

    Ainsi, Jean-Marie MARIDOR détrusit à l'ennemi 10 avions, 25 bateaux, 100 véhicules, 11 bombes volantes. Jean MARIDOR entrera dans l'histoire glorieuse de l'Aviation Française.

    Plutôt petit, brun, il était un enfant du Havre, où sa famille a perdu dans un bombardement, les biens très modestes qui lui appartenaient.

    A force de volonté en quelques mois il apprit l'anglais, il fut affecté en escadrille britannique. C'est là que je le rencontrais pour la première fois au printemps 1941. C'était sur les côtes du Pas de Calais et de la Falaise, à proximité du terrain où nous avions été voir les côtes de France.

     Je fus séduit par ce jeune garçon aux yeux rieurs, qui m'expliquait si simplement en regardant la mer, la façon dont il approchait les bateaux ennemis qu'il attaquait.

    Au cours des années 1941 et 1942, le Lieutenant Jean MARIDOR, se spécialisa dans l'attaque des petits caboteurs et bateaux flack allemands, utilisés dans les ports de Belgique et du Nord de la France.

    Ces bateaux étaient admirablement armés. Je vous laisse à penser quelle hardiesse et quelle habileté sont nécessaires pour ces sortes d'attaques. On s'approche en louvoyant, mais il faut bien cependant terminer par une ligne droite ; alors c'est le feu du Spitfire contre le feu du bateau ; c'est la lutte à un contre dix. Et bien ! vingt cinq fois les canons de MARIDOR ont eu raison de ceux du bateau, mais plus de vingt cinq fois l'avion rentra criblé de projectiles. Deux fois MARIDOR fut même obligé de sauter en parachute, deux fois il fut blessé.

    C'est à l'occasion de semblables opérations qu'il rencontra les avions ennemi et les abattit. Il lui arrivait souvent d'épier les pilotes allemands par la radio d'écoute, les conviant à venir se mesurer avec lui dans le ciel. Toujours il prolongeait ses missions dans l'espoir d'une de ses rencontres, dont il sortait toujours vainqueur.

    C'est à l'un de ces retours d'opérations qu'il accomplit ce que j'ai appelé en son temps : l'aventure de FOLKESTONE. Seul il fonça sur un peloton de douze "FOCKE WULF 190" qui s'en venait au ras des flots pour bombarder la ville. Il en abattit deux, et les autres se dispersèrent, lâchant leurs bombes dans la mer.

    En 1943, il participa à la lutte contre les communications ennemies ; ce travail ne l'intéressait pas mais, disait-il, comme il n'y a plus d'avions boches dans le ciel, il faut bien faire quelque chose.

    Il ne tenait même pas compte de ses résultats heureux, lesquels cependant atteignaient la centaine, portant sur des véhicules de toutes catégories.

    En 1944, le capitaine Jean MARIDOR refusa le poste de commandant de groupe qui lui aurait pourtant valu son quatrème galon.

   Pensez donc, il venait de toucher un Spitfire XIV, l'appareil le plus rapide du monde. Les victoires qu'il comptait remporter dans la bataille prochaine, l'intéressaient beaucoup plus que son avancement.

    Mais les avions allemands avaient totalement disparu du ciel, et les bombes volantes deviennent l'objectif de notre pilote. Il réussit remarquablement comme toujours, malgré les difficultés et les dangers que ce travail présentait.

    Le 11ème robot qu'il envoya au sol lui coûta la vie dans des circonstances particulièrement glorieuses et émouvantes.

    Touché par une première rafale, ayant son empennage sans doute endommagé, l'engin se mit à piquer vers le sol ; malheureusement vers un immense hôpital. Médecins et infirmiers s'attendaient à une catastrophe en voyant ces deux bolides venir sur eux à une vitesse formidable ; mais l'avion se rapproche encore de la bombe et tire de tous ses canons. Alors tout à coup, une immense flamme rougeâtre traverse le ciel dans le tonnerre d'une explosion déchirante. Puis c'est le grand silence... silence impressionnant, après le fracas de l'instant précédent.

     Quelques débris sortent du nuage épais de fumée noire. L'un de ceux-ci semble tomber moins vite. C'est une aile brisée qui s'essaye à voler encore. Un petit Français a fait plus que son devoir... De nombreuses vies humaines ont été épargnées.

    C'est ainsi que le 3 août 1944, mourut à 24 ans le Capitaine Jean MARIDOR, un des meilleurs pilotes de notre aviation, un des meilleurs parmi ceux qui jamais ne doutèrent des destinées de la Patrie.

    Jean MARIDOR est un nom facile à retenir... Il sonne comme un nom de victoire.

    Français, Françaises, vous devez l'apprendre à vos enfants, vous devez le donner aux rues et aux places de vos villes et de vos villages, vous devez le perpétuer.

    Ce héros ne fut-il pas en effet comme GUYNEMER, le vivant symbole de la foi tenace, du courage désintéressé, et de l'esprit du devoir et du sacrifice, qualités indispensables à la France pour retrouver sa grandeur. 

 
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